San Nullo, au nord-ouest de Catane, Sicile.

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San Nullo, au nord-ouest de Catane, Sicile.

Message par Michel Parocini le Jeu 23 Aoû - 2:06

L'été suffocant de Sicile avait encore fait des ravages cette année. Malgré les embruns et les rafales permanentes venant rafraîchir les demeures les plus proches de la mer, l'intérieur de l'île étouffait, ses habitants aussi, les bronches tapissées de toute cette poussière rendue collante par la moiteur ambiante. 37,2°C le matin. En plein Soleil, heureusement. Au Nord de Catane, une petite ville abritait des maisonnées typiques du Sud de l'Italie, de la pierre et des toits plats, dans une sorte de cuve bien à l’abri du vent et de la fraîcheur, le tout entouré par une campagne à mi-chemin entre les hauteurs et la mer, une sorte de terrain vague ou poussait quelques oliviers parmi les sinuosités du sol et les rochers éparses. Ce n'était pas vraiment un champ, mais tout le village en prenait grand soin. Attendant le moment propice pour venir récolter les olives arrivées à maturation. Bien vertes, idéales pour l'huile. Noires, le goût est rance.

La cuvette pourtant si animée tout le long de l'année semblait maintenant totalement dépeuplée, abandonné par ses habitants. Seul le bruit d'une porte ou deux, quelques râles et déglutitions, prouvèrent le contraire. La sieste de l'après-midi s'étendait maintenant à la journée entière, le ralenti était productif. Voilà comment se déroulait chaque été depuis toujours, une belle danse entre la chaleur et le calme.
Pourtant à l'orée du champ, un bruit, bien que faible, vint briser le ronronnement du village.


* cling *

Un bruit caractéristique, à la fois métallique et sec, celui d'une lame que l'on déploie avec vigueur. Une lame aiguisée, affûtée, prête à trancher le moindre des obstacles. Ce couteau se trouvait dans la pogne d'un garçon d'une vingtaine d'années plus ou moins, un croquant insulaire, sourire en coin, à la démarche hasardeuse. Il allait tranquillement, passant sous l'ombre des oliviers pour éviter l'insolation. Le fou osant braver les ardeurs de la saison ressemblait au sicilien typique, seul le crâne quasiment rasé à blanc le différenciait des jeunes de son âge. Une coupe certainement récente car la peau de l'occiput n'était pas encore tout à fait rougit par les rayons du soleil.
Avec sa si belle lame, il ne faisait rien d'autre que découper des petits morceaux de mafalda qu'il boulottait d'une traite après les avoir fait sauter en l'air, sans jamais manquer sa cible. Le jeune homme chantonnait, juste assez faux pour déranger le voisinage.


- Casse-toi de là et fous-toi à l'ombre, tu vas cramer avec ce foutu Soleil !

Le flâneur s’exécuta.

La voix clinquante provenait d'une maison non loin de là, face à une rangée d'oliviers. La voix d'un autre garçon du même âge que lui à peu de chose près. Un teint hâlé, les traits marqués, l’œil gris sans être terne, ou l'on pouvait distinguer une pointe de malice, satisfait d'avoir fait déguerpir cet imprudent. Que celui-ci se prenne une insolation, il n'en avait cure, la soufflante avait avant tout pour but de retrouver un peu de tranquillité, sans être dérangé par une batterie de fausses notes. Les oisillons, eux, avaient au moins la politesse de siffler correctement.
Il ne lâcha pas l'autre garçon du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse par delà un talus. Enfin du calme et des grillons.


- Mieux.

Dans ce timbre méditerranéen pointait pourtant une touche d'étranger, un petit accent d'ailleurs. Des contrées plus fraîches et moins ensoleillées. Un passager qui avait vécu plusieurs années en Angleterre étant plus jeune. Sa prononciation des « A » trahissait cet héritage - ou apprentissage – Un petit défaut pour les gens du coin, qui ne manquait pourtant pas de faire son petit effet auprès de la gente féminine.

Sur le semblant de terrasse, le jeune sicilien était confortablement installé, bien au fond d'une chaise bancale qu'il ne comptait pas réparer le moins du monde, car faisant office de rocking-chair de substitution. Un verre de limoncello dans la main, il guettait maintenant du coin de l’œil une chèvre qui broutait les quelques brins d'herbe pas encore brûlés par le cagnard. La malheureuse avait du s'égarer du troupeau, peut-être celui du vieux Vincenzo plus au Nord de l'île, tant pis pour elle. En voyant la pauvre bestiole ainsi seule et gourmande, une petite idée vint lui traverser la tête, une idée culinaire. Selon les dires, la viande de chèvre se mariait très bien avec des tomates et un peu d'ail. Après avoir salivé à cette douce pensée, sa main libre vint se glisser dans sa poche pour y saisir un objet de bois.
Pourtant, rien. Pas un autre geste ne fut réalisé par le Catanesi, se contentant de regarder avec curiosité la chèvre qui venait de lever la tête, mâchouillant sa pâture, comme si elle se doutait de quelque chose. Un jeu de regard s'installa, un duel entre un homme et une bête, afin de savoir qui allait être le plus malin.


- Michel ! Viens voir !


Une voix féminine brisa le moment de tension.
Michel, dans un réflexe, tourna un bref instant la tête vers la maison, avant de revenir à son délicieux compagnon. Trop tard, la chèvre gambadait déjà au loin, profitant du court moment d’inattention de son possible bourreau pour se carapater loin de la plaine aux oliviers.


- Tsss…

Cul-sec, il termina sa boisson citronnée puis se dirigea vers l'intérieur afin de d'obéir à la requête qui n'en était pas vraiment une.


[…]

Voilà plus d'un an que Michel était revenu en Sicile avec toute sa famille, après un voyage tout aussi éreintant que l'aller, 10 ans plus tôt. Il s'installa dans l'ancienne maison de sa grand-mère qui, malheureusement, n'avait pas supporté l'été précédent. Du haut du jardin de pierre, elle guettait pourtant toujours les Parocini. Pour lui, la guerre était loin derrière, la parenthèse londonienne aussi.

Le Sicilien avait tout laissé derrière lui, enfin, tout ce qu'il connaissait du pays d'Elizabeth, non sans regret parfois, conscient qu'il avait vécu des choses peu banales, entre Poudlard et les recoins de Londres et de Pré-au-Lard. Cette vie qu'il avait si souvent détesté, renié, retrouvé, et tout autre adjectifs montrant la relation conflictuelle qu'il entretenait avec elle, maintenant, il était heureux de l'avoir vécu. C'était avec bienveillance qu'il y repensait,  satisfait du chemin biscornu qu'il avait emprunté, fait de déceptions mais aussi de merveilleuses surprises, des rencontres et des joies. La magie, il avait appris à l'accepter sans plus, l'utilisant que très rarement, même si sa tige de châtaignier se trouvait toujours près de lui, mais bien moins usée que son stiletto. Un stiletto qu'il avait du remplacer par ailleurs. L'ancien s'étant cassé sur un os de poulet bigrement solide.

L'italien n'avait que peu changé, sauf sur quelques détails de caractère et d'importance. Lui pourtant si bavard dans son enfance avait maintenant basculé du côté des taiseux, ceux qui n'ouvraient plus leur gueule à la moindre occasion, ce contentant du strict minimum à chaque intervention. Un trait qui s'incrustait de plus en plus, bien qu'un sursaut d'élucubrations lors de son retour en Sicile fut ressenti.

Son humour aussi avait changé. Moins dans la boutade, plus dans le cynisme. Une noirceur qu'il espérait adoucir au contact de ses racines, de la terre et du Soleil. Michel savait que la procédure allait être longue et il l'acceptait avec sérénité.

Définitivement, son avenir se trouvait en Sicile, loin de toute cette agitation qui l'épuisait et le rendait parfois malheureux. Loin de la grisaille et de la froideur des pierres, cette étoile chérie, il ne voulait plus le quitter. Rester cloîtré dans un appartement moribond, dans une arrière-boutique bordélique ou dans une chambre d'hôtel sans saveur, tout ça, il n'en voulait plu. Les grands espaces et le vent sur la face, voila ce qui lui faisait du bien, chaque jour. C'était comme s'il redécouvrait la Trinacria de nouveau. Une Gorgone qu'il ne voulait plus quitter, qu'il ne pouvait plus quitter, pétrifié par son atmosphère apaisante.


[…]

Après cette courte conversation, sur un sujet d'une banalité sans nom dont il n'était pas nécessaire de détailler son contenu, Michel, une casquette maintenant vissée sur la tête, reprit sereinement sa place dans le simili rocking-chair, un autre verre dans la main. Un verre d'eau cette fois. Par cette chaleur, un tel effort lui avait coûté énormément d'énergie et il n'était pas près de se relever de son siège, préférant rester au calme, bercé par le son des grillons et les rares brises en provenant de la Méditerranée qui arrivaient à se glisser jusqu'ici. Après un dernier regard sur les environs, cherchant sans grand espoir la chèvre cabotine, il ferma ses yeux, abaissa la visière par dessus et se mit à somnoler petit à petit. Le verre posé sur son ventre, quelques ronds à la surface de l'eau se formaient grâce aux mouvements lents de sa respiration. Onze heures, il dormait.
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Re: San Nullo, au nord-ouest de Catane, Sicile.

Message par Michel Parocini le Mer 12 Sep - 1:32

L'air glacé des pentes de l'Etna descendait paisiblement vers la vallée en ce milieu d'hiver. Le titan trônant au centre de l'Ile s'était couvert de son manteau blanc, les nuages formant une fourrure épaisse en son sommet. Michel s'en était inspiré assurément, lui aussi emmitouflé dans une laine chaude, sa tête dépassant à peine, se balançant sereinement sur sa chaise, toujours bringuebalante. Un fusil dans les mains, il s'occupait à aiguiser son stiletto pour lui rendre son tranchant optimal, lui qui souffrait bien plus rapidement qu'en Angleterre, sollicité quotidiennement  en cuisine afin de dépecer, éplucher, découper, émincer, racler, trancher toute sorte d'aliments et de produits divers. Mais il s'en servait aussi comme d'un outil, capable de rafistoler une grande partie des petits tracas et défauts survenant perpétuellement.

Au fond de sa terrasse, il était renommé, entouré de ses oliviers et de ses racines. Capable de rester des heures à contempler les paysages alentours, sans rien faire d'autres que d'apprécier la vue. Pourtant ses envies étaient cycliques, et, un matin, il pouvait très bien se lever sans plus se rasseoir avant la nuit, exténué par sa journée, à travailler dans les champs, à aider les gens dans le village à crapahuter dans la vallée… Mais pas aujourd'hui.


- Michel, tu vas attraper froid dehors. Viens, j'ai rallumé un feu.

Cette douce voix n'eut pour seule réponse que le craquement du bois de la chaise, reprenant sa forme initiale, soulagé du poids de son locataire. Michel réajusta la couverture sur son dos avant de pénétrer dans la bicoque, le couteau toujours en main, la lame fraîchement aiguisée, repliée cependant.

L'intérieur, bien que réduit en terme d'espace, abritait une quantité invraisemblable de meubles, bibelots, cuirs, tissus et autres éléments de décors, éparpillés du sol au plafond, laissant à peine de quoi distinguer la couleur des murs. Une sorte de bric-à-brac accumulé par les grands-parents Parocini pendant la première partie du XXe siècle, qu'ils avaient entreposé dans leur demeure par simple plaisir, ou syllogomanie peut-être.
Au milieu de la pièce de vie trônait, fier, l'élément indispensable de la maison, un canapé en cuir, imposant, altier malgré les saisons et les passagers l'aillant usé sans ménagement. Une pièce sublime, couleur cuivre, un peu plus clair au niveau des accoudoirs et du dossier, à cause de l'usure ou du Soleil peut-être, mais toujours aussi ferme, capable de supporter trois personnes sans aucune difficulté. Et c'est sur ce trône qui vint s'installer Michel, quittant son rocking-chair pour quelque chose de nettement plus confortable et chaleureux.

Face à lui, l'objet de sa motivation précédente, celle qui avait réussi à le faire bouger de sa torpeur. La cheminée, qui n'avait pas d'autres prétentions que celle de réchauffer la pièce. Pas d'ornementation ou de subtilité. Juste un foyer, un conduit, de la pierre, une grille et du bois, sur lequel dansait des flammes vives, mordantes, luttant contre l'hiver afin de s'imposer. Michel, les mains en avant, fixait la lueur sans pour autant y prêter attention.

L'espace d'un battement de paupières, une brève image eu l'audace de capter son regard, à moins que ça ne soit son imagination qui lui jouait un tour, mais… il était persuadé d'avoir vu un visage. Un portrait, une connaissance au-dessus de la cheminée. Un visage réconfortant, qui semblait veiller sur lui et toute la maisonnée en même temps. Les flammes virevoltantes dans ses yeux avaient tout de suite reconnu cette pensée, une veille connaissance, qui bien que muette, avait été l'une de ses plus fidèles amies il y a quelques années de ça, dans un château en Écosse. Observant toujours avec bienveillance les péripéties du Catanesi dans son salon. Helga, la démiurge de la maison du blaireau. Certains souvenirs jaillissaient de sa tête avant de repartir aussi vite au moindre crépitement des bûches. Ses nuits à discuter de tout et de rien, la perte de son cahier lors d'un bref assoupissement, une subite disparation de sa boite de chocolats offert par ses parents pour noël. Il y eut des rires, nombreux, mais aussi des larmes, parfois. Des explications parfois tendues, et des réconciliations importante. Des vérités et des mensonges. Toute une vie pouvait se raconter dans cette salle.

Là, sur son canapé, face au feu, il cru revenir dix ans en arrière. Michel cligna des yeux une dernière fois, chassant de ses pensées les souvenirs de ses années passées. Malgré tout, elle était peut-être l'une des raisons pour laquelle il parlait moins. Au moins il avait moins de chance de s'engueuler avec quelqu'un de son entourage.


- Tu veux de la soupe ?

Une jeune femme apporta un bol contenant une sorte de ragoût de poisson, peu ragoutant visuellement mais terriblement appétissant au nez.

- Merci.

Il effectua un hochement de tête vers l'avant  en se saisissant du repas bien chaud. Du poisson, baignant dans une mélasse aromatique à base de tomates et d'une quantité non-négligeable d'ail et de thym. Le tout relevé de quelques tranches de pecorino bien corsées, légèrement fondue sur le bord du bol. Le morceau de poisson, du merlu sûrement, ressemblait à s'y méprendre à  de la morue, typique de celui des fishs & chips que l'on pouvait trouver n’importe où en Angleterre, du tripot au fin fond d'une ruelle pas vraiment éclairées, à la table des restaurants les plus repûtes de la capitale. Michel ingurgita une grande lampée de bouillon, laissant apparaître encore plus de merlu.

- Je devrais te faire visiter Londres un jour. C'est charmant.
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Re: San Nullo, au nord-ouest de Catane, Sicile.

Message par Michel Parocini le Mar 25 Sep - 18:35

* clac *

Le bruit étouffé du cuir dissipa le calme régnant dans la bicoque de Michel. Devant lui se tenait une valise, tout ce qu'il y a de plus classique, usée et griffée par endroit, rapiécée à d'autres, des affres ne montrant rien d'autres que les voyages qu'elle avait déjà vécu. C'était celle-là même qui avait accompagné le sicilien lors de son retour dans l'île-mère.

- Je crois que c'est bon.

Michel avait grossièrement rangé quelques affaires, du linge principalement et le nécessaire pour le voyage, rien de bien exotique.
Un cahier aussi, et un crayon. Depuis plusieurs semaines il rédigeait de nouveau certaines péripéties qui venaient ponctuer sa vie. Loin du grandiloquent la plupart du temps, une rencontre hasardeuse au détour d'un commerce, un fou-rire avec sa famille ou un accident bête en cuisine entre autres. Comme cette fois ou un un Palermitain, en visite à Catane lui avait demandé son chemin. En temps normal, Michel lui aurait rendu service avec plaisir, mais la condescendance exacerbée du voyageur, peut-être attisée par son origine, celle de la ville de l'Ouest, la Capitale, la Richesse sicilienne, Palerme. Alors, avec un malin plaisir, le jeune homme lui avait indiqué un chemin contraire, dans les dédales des hauteurs de la ville. Et c'est avec le plus grand sourire que Michel lui avait souhaité
« bon voyage » pour la suite de son périple.

Au moment de se relever, le sicilien eu comme un blocage, une raideur dans la nuque se propageant au reste de son corps. Il lui était impossible de bouger, coincé à genoux devant sa valise. Ce doute qu'il conservait en lui depuis la naissance de cette idée de voyage venait de faire surface au pire des moments. Voulait-il vraiment y retourner finalement ? Même pour faire du tourisme ? Visiter ? Boire un café en terrasse ? Manger du poisson frit dans un parc de la capitale ? Acheter quelques marchandises et vêtements à Covent Garden ? Des activités qu'il n'avait finalement jamais pris le temps de faire, ni même auxquelles songer. C'était peut-être l'heure de rattraper ce temps perdu à maugréer sur son – fort heureusement – ancienne situation anglaise. Michel prit une grande inspiration.

- Allez…

Une main sur le genou, comme un petit vieux tentant maladroitement de se relever, retenu au sol par le boulet des années, il se redressa. Le buste droit, face à la valise, les bras parallèles au corps il marqua une nouvelle pause, regardant le cuir avec un certain rejet. Le fallait-il vraiment ? Du bout des trois doigts centraux de sa main droite, il se gratta quelque peu sa barbe de trois jours, semblant réfléchir une dernière fois avant de prendre une décision définitive. Son attention se porta un court instant sur la fenêtre du mur d'en face, et plus précisément sur ce qui se trouvait de l'autre coté. Un Soleil radieux, à en faire brûler l'herbe des champs, si tôt dans la saison. L'été s’annonçait caniculaire. Lentement, il se dirigea vers l'entrée – à deux pas du salon – et se saisit de sa casquette, accrochée à un porte-manteau de fortune, qu'il dépoussiéra part de délicats tapotements sur le tissu, puis, d'un geste propre, vint la caler sur sa tête d'une seule main.  

- Allez.

Le ton avait changé, il voulait tout dire. Plus sec, plus précis, plus décidé. Mêlant conviction et résignation, un couplage que l'on pouvait reconnaître facilement si tant est que l'on connaisse un minimum le gaillard. D'une main, il attrapa la poignée de la valise afin de l'emmener devant la porte d'entrée, enfila ses chaussures, marrons, lustrées bien qu'usées, du cuir véritable, puis ouvrit la porte d'entrée.  Après un raclement de gorge, il laissa s'échapper trois mots, assez forts pour qu'ils puissent être entendu dans l'ensemble de la maison.

- On y va.

C'était un voyage classique qui s’annonçait, en bateau, au départ de Catane, direction Portsmouth avec des escales dans une bonne partie des ports de l'Ouest de l'Europe. Longeant les cotes du Sud de la France, contournant la péninsule Ibérique, pour remonter dans l'Atlantique jusqu'en Albion. Un voyage onéreux, mais un voyage promis. Et pour la nourriture, ils se débrouilleront sur le bateau.
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Re: San Nullo, au nord-ouest de Catane, Sicile.

Message par Michel Parocini le Dim 4 Nov - 0:11

Septembre 1951.

Dans les hauteurs de San Nullo, une coquette bicoque perdue dans la campagne sicilienne recrachait un panache de fumée blanchâtre, répondant de cette façon au géant somnolant du centre de l’Ile. L'Etna ronflait depuis presque un an maintenant, laissant planer la crainte d'une nouvelle éruption massive ravageant les plus belles citées de la Trinacria.

Les mains dans les poches, le regard fixant l'horizon, par-dessus les oliviers, Michel inspectait le volcan avec une certaine appréhension. Des coulées de lave avait déjà ravagé les rares plantations de la Valle del Bove, à flan de volcan, plus tôt dans l'année. Et il n'était pas tout à fait à l'abri d'éruptions plus massives capable d'atteindre toute la cote Ionienne, Catane y compris. Mais que pouvait-il bien faire face à tel voisin ? Une menace forgeant un si grand respect qu'elle fait l'humilité.

Cela faisait un mois qu'il était revenu de la Coupe du Monde de Quidditch. Ragaillardi comme pas deux par cette compétition pour le moins ébouriffante. Des claques et des hallucinations, des rencontres et du spectacle, des déceptions mais surtout des victoires. Pas de la part de l'équipe de son cœur hélas, mais une victoire de l'amusement et du plaisir, l'un des rares instants ou il avait pu oublier ses problèmes et ses vieux souvenirs, à l’exception de la rencontre avec un vieil ami perdu de vue depuis longtemps. Une fête grandiose, un paradis ou la mise en commun avait été une réussite, entre les différents quartiers du monde. Une mini Terre au sein de la Terre même. Un joie enivrante, avec comme cerise sur le gâteau, ce beau podium au concours de recherche à Niffleur. Merci Irma et sa dévotion, une véritable petite championne.

Pourtant cela avait pris fin maintenant, ce court interlude de joie pure avait maintenant fait place à un plaisir différent, plus diffus, moins spectaculaire, mais tout aussi important aux yeux de l'italien. L'heure de l'olivade approchait à grand pas. Ce n'était qu'une question de semaines, certaines olives ayant entamé leur véraison depuis le début de la semaine. Il n'y avait qu'une seul règle d'or dans la récolte d'olives pour produire cette huile. Après les avoir cajolé toute l'année, il fallait s'en saisir au moment même ou elles passaient du vert au noir. Cette courte période durant laquelle l'huile était la meilleure une fois extraite de la pépite d'émeraude. Puissante, florale, fruitée, riche en goût et en saveurs, sans que cela tourne au rance, une horreur causée par des olives trop mûres et trop noires. Et il fallait faire attention, une seule maladresse et c'était toute la production qui s'en retrouvait salopée.

Le Catanese avait récupéré une grande meule afin de broyer les olives et dans extraire une pâte noirâtre, épaisse, peu appétissante. Cette pâte était alors passée dans la presse pour un obtenir un jus vert, encore trouble, reconnaissable entre mille. Il lui suffisait alors de laisser décanter le tout afin de récupérer l'huile vierge et dorée.
Tout ce petit processus, Michel le réalisait dans un petit cabanon juxtaposé à sa maison, qu'il avait construit des ses propres mains.

Pour le reste de l'année, programme était tout tracé donc. Récolte, production, vente, départ. Un programme qu'il répétait depuis presque quatre ans maintenant, voyageant entre l'Italie et l'Angleterre, les deux îles qui ont dicté sa vie, tous les six mois ou presque, afin de rendre visite à Fiona restée sur Londres pour y vivre sa propre histoire.

Michel jeta un dernier regard vers l'Etna, toujours aussi menaçante, prêt à se libérer de toute pression à n'importe quel moment.

- Je te préfère quand tu dors toi.

Murmura-t'il à soi-même. Un constat qu'il pouvait appliquer à presque toutes ses connaissances après tout. Préférant les personnes capable de se taire dans les moments les plus importants à celles qui s'agitaient en permanence. Enfin, c'était ce dont il s'était persuadé au fur et à mesure des années, vivant toujours plus reclus dans cette ancienne maison. Mais au fond de lui, ça ne lui déplairait pas d'avoir des conversations plus fréquentes, plus opulentes, avec d'autres personnes que sa famille et son petit groupe d'amis du café sorcier de la Via Ota.
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Re: San Nullo, au nord-ouest de Catane, Sicile.

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