Palestine mandataire, Hiver 1947

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Message par Thomas Ringer le Mar 4 Sep - 2:50

Depuis quelques jours déjà, des rumeurs circulaient dans toute la Palestine quand à l'avenir de cette possession anglaise. Le gouvernement britannique semblait de moins en moins enclin à rester dans la région, et des négociations avaient lieu afin de donner son indépendance au territoire. Des négociations tendues entre anglais, juifs et arabes quand à la suite à donner  à cet impossible imbroglio se passaient, sans que les délibérations progressent. L'ONU, fraîchement créé, pourrait même se voir confier le bébé, l'Angleterre n'arrivant pas à se dépêtrer de ce quiproquo pour le moins gênant.

Mais loin de ces tractations de politiciens, dans un bagne britannique, vivait un vieil homme, semblable à tous les autres prisonniers du camp, à un détail près. Il n'était pas malheureux.

Son travail consistait tout bonnement à construire le pénitencier dans lequel il était lui même détenu. Une cruelle ironie pour tous ces parias en quarantaine, obligés d'ériger les murs qui viendront les oppresser. Mais à choisir entre ça et les gardes, le doigt posé sur la gâchette de leur fusil, la réflexion n'était pas bien nécessaire. Alors Ringer, tout comme les autres, s’affairait à la tâche, non sans une certaine résignation, préférant vivre une maigre errance dans la sécheresse palestinienne que de mourir au moindre pas de travers. Un à un, il empilait les parpaings, qu'il recouvrait d'une couche poisseuse, un mélange à mi-chemin entre le ciment et le bitume obtenu par on-ne-sait quel miracle, ou désastre.

Thomas avait passé, à sa plus grande surprise, les étés sans véritable encombre, suffocant aux plus fortes chaleurs rien de plus. Lui qui ne pensait pas tenir plus de 6 mois ici du haut des ses 70 bougies passées, le voila en train de se faire une seconde jeunesse.  Septuagénaire, un âge bien plus avancé que la moyenne des résidents, dépassant de 10 ans chacun d'entre eux, personnel compris. Pourtant, aucun traitement de faveur ne lui était accordé, et il devait travailler au même rythme que les autres sous peine de sanctions. Ou châtiments, cela dépendait du point de vue.

Alors qu'il trimbalait à bout de bras un autre de ces pavés ternes, une pointe au cœur le fit chanceler, au point de poser un genoux au sol, laissant tomber un parpaing dans un bruit sourd. Une fine poussière s'éleva dans l'air, accentuant le nuage trouble devant ses yeux.

[...]

Pré-au-Lard, Automne 1905


- Thomas ! La vaisselle ! Et plus vite que ça ! Et n'oublie de commander des caisses de pur-feu, il n'y en a presque plus !

Un jeune homme d'une vingtaine d'année acquiesça d'un hochement de tête lent suite aux paroles du braillard, avant de s'engouffrer dans l'arrière-boutique – le fourre-tout qui servait vaguement de débarras et de cuisine - de la Tête de Sanglier. Le commis, comme il aimait s'appeler, ressemblait à quasiment tous les jeunes de son âge, à part qu'il les dépassait d'une tête, voir plus. Les traits tirés, les poches sous les yeux et des douleurs constantes dans la nuque, une aura de fatigue se dégageait de lui même s'il essayait tant bien que mal de ne rien laisser paraître.

Le jeune Ringer, nom qu'il utilisait depuis la mort de ses parents adoptifs, ne comptait plus ses heures, bossant pour deux afin de compenser son absence de magie. Malgré tout, la ténacité ne suffisait rarement pas quand les heures de sommeil ne venaient pas l'épauler.

* CLAC *


Rapide comme une ombre, le propriétaire était déjà à l'enter du débarras, alerté par le bruit. Il faisait face à une scène bien trop courante à son goût. Le larbin, fixant les débris d'une assiette explosée sur le sol.


- Encore ? Mais par Merlin, t'as de la graisse de troll sur les mains ! T'as intérêt de réparer ça vite fait.

Le regard dépité de Thomas se glissa lentement sur le propriétaire de la taverne sans pour autant capter ses yeux. Par crainte évidemment.  Comment réparer cette énième assiette brisée sans magie ? Avec de la colle, petit bout par petit bout ? Presque impossible, fastidieux et sans garantie de résultat. Avec la baguette – le bout de bois taillé – qu'il gardait en permanence sur lui, juste pour imiter les plus grands sorciers le soir lorsqu'ils s'ennuyait entre ses quatre murs ? Ridicule. Par la force de la pensée et une dévotion sans faille ? Autant arrêter les conneries et les idées.

La tavernier souffla du nez tout le mépris qu'il avait pour l’incompétent.


- Ah mais oui… sale cracmol. Dégage de là, tu ne mérites même pas de travailler ici…

Et d'un coup de baguette, il expulsa le jeune arbre sur le bord du trottoir, les fesses dans la poussière rendue gadoue par les laissez-allez des ivrognes de la taverne.  Thomas approcha une main de ses narines avant de l'éloigner directement, se relevant dans un bond étonnamment vif pour un garçon de sa corpulence.

- Aaaaaargh, ça pue !

Thomas s'essuya les mains tant bien que mal sur son pantalon rapiécé avant de reprendre ses pérégrinations.



D'autres souvenirs vinrent lui embrouiller l'esprit, parfois une fraction de seconde, parfois plus longuement. Des anecdotes surtout, n'ayant pas vraiment d'histoire. Il était passé de villes en villes, écumant les petits jobs dans l'espoir de se faire accepter par d'autres personnes que celles lui ayant donné son nom, son seul et unique nom maintenant, Ringer.

Ses nombreux jobs de commis-larbin-serveur-débardeur, ses heures passées dans des bibliothèques et librairies pour apprendre et découvrir le monde qui l'entourait, la création de son tonic fait maison afin de rester éveiller plus que de raison. Café, citron, miel, menthe et l'ingrédient essentiel, le quinquina. Tout y passait. Des souvenirs plus récents aussi, plus clairs, sa nomination en tant que Concierge à Poudlard, une fierté. Son premier jour à déambuler dans le château, espérant attraper le moindre élève violant le règlement, comme si mettre un gamin dans les cachots lui permettait de prouver sa valeur aux yeux des sorciers. Au début, par excès de zèle peut-être, il ne se privait pas de punir le moindre petit dérapage, le moindre petit écart, une sorte de frénésie qu'il affectionnait tout particulièrement. Improviser des châtiments dans les cachots, dans son cachot. Mais avec le temps, il avait appris à être plus souple avec les élèves, se contentant parfois de simples réprimandes, loin des violences du passé.  

Puis des événements pour le moins imprévus vinrent changer son nouveau confort, son nouveau chez-soi. Des événements qui défilaient eux aussi, dans une danse toujours aussi effrénée. Lui qui pensait à cette époque avoir enfin trouvé de la stabilité dans sa vie avait tout fait voler un éclat un soir à Poudlard. Bonjour le Manoir, de nouvelles responsabilités, des heures à étudier l'histoire, afin de donner cours dans la foulée, son tonic l'avait bien aidé durant ses longues nuits à la bibliothèque, avant les classes aussi.

Puis le tribunal, l'un des procès les plus médiatisé de l'histoire de la sorcellerie, un événement qu'il n'avait pourtant pas appréhendé, acceptant d'avance son sort. Au moment des auditions, seul, sur cette immense chaise, entouré par l'ensemble du Magenmagot prêt à fondre sur lui au moindre son expulsé de sa bouche, il avait ressenti une pointe de fierté, comme si pour la première fois de sa vie, le Monde sorcier lui portait de l'attention.


[...]

La main sur son poitrail, Thomas plissa les yeux tentant désespéramment de voir la moindre chose derrière ce brouillard s'engouffrant de plus en plus dans le creux de ces orbites. Pourtant, parmi toutes les plantes, il tenait bien plus du chêne que du roseau malgré la souplesse dont il avait fait preuve ces dernières années. L'arbre venait de rompre, pour de bon. Dans un mouvement sourd, le tronc de Thomas vint rejoindre le parpaing sur le sol, inanimé, tout comme lui.

Au loin, un homme, supérieur, pointa deux bagnards du doigt, leur indiquant de déblayer les débris qui traînaient.
Thomas Ringer

Thomas Ringer


Baguette : Plutôt fourchette

Feuille de personnage
Affinité Magique:
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Volonté:
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Statut: Prof. d'Histoire de la Magie

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