Dans les profondeurs de Soho

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Message par MJ Auxiliaire le Sam 13 Juil - 1:00

Soho possède une histoire sinistre, une trame qui s'étend comme la toile d'une créature de la nuit, subtile et s'insinuant sous toutes les jointures, pour cause Soho est au cœur du stupre et de la luxure, un Londres d'une autre face, l'autre revers de la Lune aussi d'argent soit-elle, ce quartier n'en reste pas moins l'ombre d'une mégalopole et cela ne déroge pas pour les sorciers autant que pour les moldus.

Quant à ce bar, il semblait à l'image de son enseigne, "Le vieux soudard", un endroit décrépit et lugubre, laissant percer quelques relents de rhum et de bière, de pisse et d'autres humeurs très peu ragoutantes, c'est pourtant ici qu'un homme posa son postérieur, un homme à la mine triste, un être en peine, pourquoi celui-ci choisi cet endroit corrompu, ce secteur en proie aux crimes organisés et aux catins manipulées ? Dans ce petit bar puant...

Nul ne pourra le dire, mais il est certain qu'entre deux éclats de rire gras et blague salace, un tenancier suspect et quelques nigauds ahuris, l'homme détonnait par son allure élégante et son visage fendu d'un air perclus de tristesse, d'amères rancœurs, comment le deviner... lui qui échappe à ses démons en bravant l'un des gourbis les plus malfamés dans cet abject secteur, d'aucuns ne s'en souciera sauf quelques yeux avares n'attendant qu'une occasion de faire les poches à l'homme et... les heures passent, la pisse dans ce verre décatit se vide, encore et encore comme pour épancher une soif inexpugnable.

Il semblait être un homme honorable, beau même sous son allure de pauvre hère et... les yeux observent dans la pénombre ou la lumière tamisée, une main féminine s'attarde sur son épaule, un visage portant bien trop de maquillage et une voix se voulant sensuelle, alourdie par l'alcool et la clope, il écarte la main d'un geste violent, non s'en renverser sa bière, la femme repart sans donner son reste, le tenancier lui demande de partir... Encore, paria même parmi la lie des moldus... Où est la clarté qui faisait vibrer l'océan qui se nomme cœur, où se trouve la vague qui enivrait ses yeux, yeux qui se teinte d'eau, la vue qui se brouille, la démarche qui titube en direction de la sortie, des hommes se lèvent de la pénombre et le suivent.

Embaumant ses habits chic de tabac et d'alcool, laissant un goût fielleux, désagréable... comme l'est ce manque au plus profond de son être, ce murmure de la nuit, cette voix dans sa tête, cette écume d'une mer lointaine... Celle qui un jour revêtait une robe de mariée, ses yeux ! Comment les oubliés... Une mer de silence plombant le ciel d'un ouragan, les nuages remplissent sa vision, même en bravant l'artimon il n'y voit goutte, il y cherche partout l'oubli, par l'alcool qui dépose un voile éphémère à son esprit engourdi, l'écume revient toujours... Car son océan vibre à ce souvenir.

L'homme déambule toujours dans les sombres recoins, dans cette allée pavée il marche dans une flaque foulée par des milliers de pieds, hommes, femmes, catin ou policier véreux, il se souvient de celle qu'il a aimé, aucun besoin de photos, car son image  perce même dans les forêts les plus reculées de sa mémoire, peu importe quand... Un jour ou mille nuits, il se souviendra de ce doux visage aux traits si fins, un visage ovale et de grands yeux de biche... C'était comme un parfum qui dure... La main contre un mur crasseux, les yeux au sol, quelques larmes roulent de ce regard et des pas se font entendre.

Ses yeux gris étaient ouverts sur la beauté du monde, aujourd'hui ils n’aperçoivent que sa misère, ses souvenirs sont tachés de rouge, il est surement déjà trop tard... Rien n'y fait ni la pluie sur ses tempes ni la crasse des lieux, son cœur n'est plus comme avant... Un coup dans ses côtes, l'homme tombe à terre... Les coups de pieds fusent, impossible de se protéger, et à quoi bon ? Il n'attendait que ça, il est si vide et désarmé, seul la mort pouvait le délivrer, c'est sa pensée, elle était sa dernière alliée dans cette vie torturée, il ne voulait plus pleurer ni même penser, simplement la rejoindre, quitter ce brasier suffocant... Cette souffrance dépassant le physique, un nez se brise et une lèvre éclate, peut-être bien qu'une cote ou deux se brisent.

Les yeux se voilent, dire qu'il ne faudrait qu'un coup de baguette... Il se souvenait parfaitement qu'à la croisée des cœurs, elle et lui à Petersham Nurseries, un thé avec elle, son regard opalin... Il ne suffisait que d'un souffle pour l'envoûter, d'un rai de lumière dénouant son cœur, d'un geste il épousa sa joue, libérant quelques fragrances ambrées, celle qui parsème son cou d'où palpite son essence, une oasis de vie ombrée par un amour, une idylle.  

Les coups fusent toujours sur l'homme à terre, ses bras se lassent et tombèrent, le sang s'écoule de ses blessures, certains lui font les poches, ceci ou cela, quelques rires gutturaux s’échappent des gorges des malfrats, son regard se voile d'autant plus... D'autres coups arrivent, il tangue encore sous cette ivresse de souvenir, il respire sous le vent de ce charme lointain, peut-être la rejoindra-t-elle ce soir...

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